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Liberté à Brême

Création novembre 2019

Dans l’Allemagne conservatrice du XVIIIème siècle, Geesche, issue de la petite bourgeoisie, n’a aucune liberté. Brutalisée par son mari, sans cesse dévalorisée, sa vie semble toute tracée à la place qui, en tant que femme, lui a été assignée dès sa naissance. Alors, quand la mort frappe étrangement ses oppresseurs, s’agit-il vraiment d’une «malédiction» ? Cédric Gourmelon met en scène cette pièce explosive et irrespectueuse de Fassbinder, qui bouscule les codes de la représentation et interroge les fondements de notre société et de sa morale. Qui est la victime ? Qui est le bourreau ?

Fassbinder a écrit Liberté à Brême en s’inspirant d’un fait divers. Au XVIIIème siècle, Geesche Gottfried semblait être victime d’une étrange «malédiction» : ses proches mouraient les uns après les autres. Elle est devenue une figure locale, on la surnommait «l’Ange de Brême», parce que, malgré toutes ces épreuves, elle trouvait toujours la force d’accompagner ces gens dans la mort, d’être à leur chevet, dévouée jusqu’à la fin. Quand on a découvert qu’elle les avait tous empoisonnés, il y a eu une telle haine contre elle qu’elle a été exécutée en place publique. Il reste, à Brême, à l’endroit de son exécution devant la cathédrale Saint-Pierre, un carré incrusté dans le sol, sur lequel les gens avaient coutume de cracher.

C’est le point de départ de Fassbinder. Mais ce qui l’intéresse n’est évidemment pas d’écrire une «pièce d’époque». Il semble interroger avec ironie ce que «liberté» veut dire, de tout temps.

Il écrit cette pièce explosive pour bousculer les codes d’une société d’apparence paisible mais qui porte en elle tous les germes du «fascisme ordinaire», dans ce qu’elle comporte d’interdiction, de hiérarchie, d’oppression, sous couvert de «moralité».

Qu’est-ce que la morale ? Ce qui est passionnant, c’est l’empathie qu’il suscite vis-à-vis du personnage de Geesche, qu’on trouve injustement traitée, niée, contrainte, et qui s’avère être une tueuse en série.