Words…words…words


Création 2005

Re-création 2009

J'ai entendu " Avec le temps " à la radio pour la première fois lorsque j'étais adolescent.
Je n'ai pas compris la chanson, mais la voix de Léo Ferré, sa tristesse, sa tendresse et son lyrisme, ne m'ont plus quitté. Jacques Blanc, directeur du Quartz à Brest, m'a proposé de travailler en 2005 sur la notion de " performance ". Cela signifiait pour moi qui suis metteur en scène : être seul et travailler en tant qu‘acteur sur des textes avec lesquels j'avais une relation intime et singulière.
J'ai choisi de "vociférer" plusieurs des longs textes de Ferré posés sur des pupitres qui m'encerclaient, devant le rideau de fer d'un grand plateau. A la fin, le rideau s'ouvrait, laissant apparaître un plateau vide et un pied de micro en son milieu. Je me dirigeais alors vers le micro et chantait a capella La mémoire et la mer. A partir de là est née l'idée du spectacle Words…Words…Words….

Tout l'enjeu se situe à la fois dans le fait de restituer les textes de Ferré sans plagier les intonations du chanteur mais sans non plus mettre trop de distance, formaliser, en faire des textes neutres. C'est une vraie tentative à chaque représentation. Je suis condamné à travailler " au présent " en fonction de ce que je ressens.

Lorsque nous avons construit le spectacle avec Nathalie Elain, qui est comédienne et m'accompagne depuis des années, nous avons fait en sorte de décaler tout ce qui pouvait faire penser à un hommage académique ou à un récital. Je dis les textes, ou je les " slame " mais sur une musique inventée. Si je joue du piano, je ne chante pas. Si je dis un texte que les gens connaissent, c'est sans la mélodie qui devrait l'accompagner, etc. Avec souvent la présence d'une chaise vide, ou d'un pied de micro entouré de vide… sans la volonté de combler ce vide, pour que la comparaison ne puisse avoir lieu. Les révoltes de Léo Ferré sont politiques et poétiques. Des images poétiques sont intriquées à des références concrètes visant par exemple la vie politiquo-sociale française des années soixante ou soixante-dix. Et à cela viennent également s'ajouter des images mystérieuses issues de sa propre mythologie intime. Ce sont leur complexité et leur sincérité qui font que ces textes traversent le temps. Words…words…words…, c'est à la fois le titre d'une chanson de Ferré présente dans le spectacle et une citation de Shakespeare (Hamlet, la scène dans la bibliothèque, acte II, scène 2). Et c'est là aussi une volonté de se décaler, un titre en anglais comme un clin d'œil à un Ferré affilié au registre de la " grande " chanson française. Ce titre reflète bien le spectacle : des mots, comme un flot, assénés, proférés, répétés. Un mot qui se répète face à l'infini…

Cédric Gourmelon

Propos recueillis par Agnès Santi pour le journal La Terrasse

Générique

Conception et jeu Cédric Gourmelon
Collaboration artistique Nathalie Elain
Création Lumière Nicolas le Bodic
Régie lumière Alain Feunten
Régie générale Antoine Hordé
Création et régie son Yves Ruellot
Costumes Marino Marchand
Administration de production Carine Hily
Coproduction Réseau Lilas / Le Quartz, scène nationale de Brest

reprise en 2009
Création Lumière Cyril Leclerc
Régie lumière Jean Charles Esnault
Création son Matthieu Dehoux
Régie générale et régie son Antoine Hordé
Administration de production Ronan Martin

Spectacle créé à Brest pour le festival Les Antipodes du 1er au 4 mars 2005 et représenté les 17 et 18 mars 2005 au CDDB, Centre Dramatique National de Lorient, du 13 au 15 avril 2005 à L'Aire libre, Scène Conventionnée de St Jacques de la Lande, le 18 novembre 2005 au Panta théâtre, Caen, du 6 au 8 décembre 2005 au Théâtre, Scène Nationale d'Angoulême, le 10 décembre 2005 à La Passerelle, Scène Nationale de Saint-Brieuc, le 14 avril 2006 au Palais des Arts, Vannes

Re-création dans le cadre du festival Mythos, Rennes du 30 avril au 2 mai 2009, diffusion du 18 au 28 juillet 2009 à la Manufacture, Avignon [coproduction Ici même] et le 29 janvier 2010 au Théâtre municipal, Bayeux

Presse

L'HUMANITE
Muriel Steinmetz - 8/03/2005
[…] Le théâtre, comme la danse, exigent d'abord du souffle. C'est le cas du très réussi "Words…words…words…" du jeune Cédric Gourmelon, seul en scène pour une libre interprétation de textes méconnus de Léo Ferré. Ce comédien, jeune homme brun, costaud, l'œil vif, propulse son corps dans la bataille. Il rythme le verbe, avec ou sans musique, donne de la voix comme d'autres bougent, enrage, jette l'anathème. Un minimum d'accessoires : un sac de billes, le drapeau noir de l'anarchie monté sur roulettes, une chaise entre les pieds de laquelle il se couche comme un chien. En lui, le danseur n'est pas loin…

LE TELEGRAMME
Christian Campion - 3/03/2005
[…] le comédien Cédric Gourmelon, étonnant soliste dans ses variations de rythme et dans sa restitution fougueuse d'une poésie à la fois terrible et douce. Les mots au cœur de l'affaire. En une dizaine de tableaux, il touche au parcours du poète. Il le recadre par petites allusions et renvoie à l'actualité de cette parole vive. Il associe ainsi la parenthèse chef d'orchestre, quelques notes au piano et l'omniprésence des micros pour rappeler le rapport particulier du chanteur à la bande enregistrée. C'est très sobre de mise en scène parce que les mots sont au cœur de l'affaire et qu'il veut appuyer leur force d'un geste ou d'un mouvement de corps.

OUEST FRANCE
3/03/2005
Rageuse, dépouillée, concentrée. Accrocheuse pour son énergie abrupte et pour le bordel poétique mis en œuvre par la langue de Léo Ferré. L'ébauche de " Words …words… words… " était une sorte de ruade nerveuse verbale, une interpellation scénique resserrée en vingt minutes […] Des mots dits, scandés, enregistrés, superposés, agressifs, murmurés ou parfois crachés. Ou une histoire de cheval racontée, presque dialoguée, lorsque le comédien s'assoit face au public. Ce sont enfin des gestes : de la raideur immobile derrière un micro, à la projection de peinture sur une toile où le comédien opère l'original mélange de Pollock, Muse et Ferré. Les contours sont précisés. Le trait rendu plus fin par endroits. Épaissi à d'autres. L'espace s'est rempli d'un mouvement. Les couleurs sont apparues. Les nuances aussi. L'ébauche était prometteuse, la suite confirme les promesses.


© Caroline Ablain