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© Alain Dugas

LE PROJET

Cap au pire...

... Encore. Dire encore. Soit dit encore. Tant mal que pis encore.
Jusqu'à plus mèche encore. Soit dit plus mèche encore. Dire pour soit dire. Mal dit...


Samuel Beckett, extrait de Cap au pire.

C'est d'abord un grand désir de théâtre qui est à la base de ce projet. Celui d'écrire un spectacle, en collectant des morceaux, des moments de plateau, associés à plusieurs textes que j'avais accumulés depuis plusieurs années. Nous nous sommes isolés deux mois avec un groupe d'acteurs. Nous avons expérimenté, construit, déconstruit jusqu'à accumuler des heures de propositions scéniques. A l'origine il y avait déjà un titre : Je voulais que nous parlions de la nuit, de l'obscurité, une sorte d'éloge de l'ombre. Des textes assez radicaux se sont imposés à nous, pas toujours simples à traiter, qui abordaient des sujets comme la mort, la douleur, l'emprisonnement mental ou physique, le désespoir... Nous avons tenté de les aborder à notre mesure, mais avec un souci constant de la forme et de l'esthétique. Nous avons également fait en sorte de travailler sur le pendant opposé de certains de ces thèmes, la mort/la vie, la gravité/la futilité…

Plusieurs textes se sont imposés :

- Vole mon Dragon d'Hervé Guibert. Il s'agit d'une pièce composée de vingt cinq scènes brèves, parfois crûes, violentes ou absurdes… L'homme (le héros), qui est écrivain, est amoureux du Jeune Homme. Il souffre… La pièce raconte l'homme face à sa peur de la mort et la sublimation du désir pour tenter de la vaincre.

- Mon grain de sable de Luciano Bolis. C'est un roman autobiographique. C'est un témoignage sans concession. Le récit est incroyable : Un chef de file de la résistance communiste italienne, arrêté par des fascistes italiens des brigades noires, à Gênes en février 1945. Aussitôt emprisonné, il se fait torturer. Laissé sans nourriture et tabassé à mort il affrontera toujours ses bourreaux avec dignité et lucidité. Ces tortures devenant insoutenables, il n'a plus qu'une seule solution pour ne pas céder et révéler l'identité de ses camarades : tenter de se suicider. C'est l'histoire de son combat héroïque et terrifiant pour mourir, qui nous est raconté. Il est amené à se poser des questions que nous n'osons pas toujours affronter, comment peut-on en arriver là au nom d'une idéologie ? Etre patriote, est-ce un don de soi ? C'est par la capacité d'analyse de l'auteur sans aucune complaisance ni apitoiements, son humilité de ton, que ce témoignage devient un grand texte.

- Cap au pire de Samuel Beckett. Il s'agit d'un texte limite. L'un des derniers textes de Beckett. Un texte qui parle de la limite d'un texte avant qu'il ne devienne un cri. Un texte qui fait nécessairement appel au corps. Ca parle du pire. De l'horreur absolue. Un pire qui dépasse l'homme. Il doit être dit. Coûte que coûte.

Cédric Gourmelon